Tor JohnsonIl est né en 1903, son poids oscillait entre 300 et 400 livres une fois adulte et il mangeait de la crème glacée à profusion. Qui est-il? D’où vient-il? Comment peut-il être considéré comme un de nos Horror Kings? Pourquoi l’ai-je choisi comme “running-gag” dans quelques-unes de mes chroniques sur ce cher site web? Mesdames et Messieurs, voici: TOR JOHNSON
Le Lutteur. L’Acteur. La Légende. (Et Le Gros Gourmand).
Comme je l’ai si brillamment exprimé dans mon dossier Santo, la présence de lutteurs professionnels est ESSENTIELLE à certaines productions. Ces athlètes jouent la comédie dans le ring et possèdent un gabarit nécessaire pour des rôles de brutes dans des films d’action, d’horreur, etc. Un des plus célèbres de ceux-ci est bien sûr Tor Johnson, personnage-culte depuis bien des années, surtout à cause de sa participation à l’Univers Ed Wood. De Niro dans TAXI DRIVER… Brando dans THE GODFATHER… Errol Flynn dans THE ADVENTURES OF ROBIN HOOD… et Tor Johnson dans THE BEAST OF YUCCA FLATS. Quoi dire d’autre? Voilà une figure immortelle au panthéon du cinéma et si la majorité de la population n’a aucune idée de son identité ni de ses origines, quelque part tous ont aperçu la tête inoubliable et dépourvue de tifs de Tor, avec souvent les traits tirés par l’incompréhension béate et la menace lente.
Tor est né en 1903 en Suède. Qui sait vraiment ce qui s’est passé dans son enfance? Et cela intéresse qui? On veut juste savoir quand Tor à commencé a semer la terreur sur les rings! Voilà: il arrive aux États-Unis dans les années 30 et luttera sous le nom de Super Swedish Angel du haut de ses six pieds quatre pouces! Après deux courtes apparitions anonymes en 1934 dans des séries B, c’est en 1935 qu’il est crédité pour la première fois sur les grands écrans dans un film de mon ivrogne favori, W.C. Fields, intitulé THE MAN ON THE FLYING TRAPEZE, incarnant le personnage de Tossoff. Pendant les années à venir, Tor continuera à alterner sa carrière sur le ring avec de courtes présences dans divers films à budget moyen. Ses lignes de dialogue seront extrêmement rares, alors que son épais accent rendait son anglais presqu’incompréhensible. Curieusement, il est au générique de plusieurs comédies dans les années 40 et début des années 50 dont, en 1943, MEANEST MAN IN THE WORLD avec l’imperturbable Jack Benny (Tor a le rôle d’un lutteur nommé Vladimir Pulasky!), GHOST CATCHERS en 1944 avec le duo comique Ole Olsen & Chic Johnson (aucune relation avec Tor), ROAD TO RIO en 1947 avec le duo comique Bob Hope et Bing Crosby, STATE OF THE UNION de Frank Capra en 1948 avec Van Johnson (toujours aucune relation avec Tor), en 1950 dans ABBOT & COSTELLO IN THE FOREIGN LEGION avec le duo comique Abbot & Costello, etc. Toujours avec Bob Hope, notre héros tient son propre rôle du Swedish Angel dans THE LEMON DROP KID. Tor joue un bourreau dans THE LADY IN THE IRON MASK en 1952, film d’aventures cheapos adapté du célèbre roman du Dumas. Tor est également présent dans HOUDINI avec Tony Curtis, biographie du célèbre illusionniste qui joue largement avec la réalité. Mais c’est dans BEHIND LOCKED DOORS en 1948 que Tor fait vraiment peur, dans le rôle d’un patient d’un asile psychiatrique. À un certain moment, un “closeup” de lui survient sans avertissement et, oh boy, on exécute le grand saut! Au milieu des années 50, Tor fait ses adieux au sport vénérable de la lutte, laissant derrière lui des milliers de fans éplorés. MAIS… car il y a un MAIS… pour compenser, Tor sera encore plus présent au cinéma et entreprendra une carrière dans les films d’épouvante, à notre plus grand bonheur! Premièrement, il participe pour la première fois à un projet avec Ed Wood, BRIDE OF THE MONSTER en 1956, y créant ainsi son inoubliable personnage de Lobo, un géant crétin/confus vêtu d’une chemise déchirée, résultat d’une expérience pour créer une race de surhommes (tout ça avec objectif de régner sur le monde: QUOI D’AUTRE?). Bela Lugosi est la vedette, dans ce qui sera son dernier rôle parlant, rôle pathétique et parfois poignant du Docteur Vornoff, dont on rend hommage dans le film autobiographique ED WOOD. Dans la séquence finale, un Lugosi passé ses 70 ans lutte contre une pieuvre (en fait, contre quelque chose qui ressemble à un imperméable avec des tentacules) dans une mare d’eau. L’image principale du poster n’apparaît à aucun moment dans le film. À un moment donné, Vornoff déclare que Lobo est “as armless as a kitchen”! OK, doc! THE BLACK SLEEP en 1956 rassemble beaucoup de figures familières au genre: Basil Rathbone, Akim Tamiroff, Bela Lugosi (rôle muet), Lon Chaney Jr. (dans le rôle de Mungo) et John Carradine. Tor tient le rôle de Curry, autre victime d’expérimentation ratée, souffrant d’une trop généreuse lobotomie. Si ma mémoire n’est pas défaillante, on peut apercevoir une photographie de Tor avec des cheveux dans l’intrigue. Le film n’est malheureusement pas à la hauteur des talents réunis. L’année suivante, Tor est au générique de THE UNEARTHLY dans la rôle de Lobo où il interprète un infortuné devenu brute suite à…? à…? une expérience manquée, pour sûr! Ici, Tor devient héros et aide la sulfureuse Allison Hayes à se sortir d’un mauvais sort. THE MAN WHO TURNED TO STONE est également un film d’épouvante dans lequel Tor participe, racontant l’histoire abracadabrante d’un scientifique qui demeure jeune et immortel en absorbant l’énergie physique de jeunes femmes. Ah bon. Le sort en était jeté: en 1959 sort sur les écrans l’indescriptible PLAN 9 FROM OUTER SPACE, anti-film critique de l’Ère Atomique signée Edward D. Wood Jr. Dans son plus grand rôle, Tor est l’inspecteur Daniel Clay qui enquête sur ce qui se passe avec ces foutues soucoupes volantes. Il sera transformé en brute épaisse et incohérente, se promenant au ralenti dans un cimetière en papier-mâché et carton, en compagnie de la pulpeuse Vampira. La scène où il ressuscite est quand même amusante alors qu’il semble avoir une certaine difficulté à se sortir de son cercueil, ainsi que celle où il attaque les extra-terrestres portant ce qui semble être des pyjamas métalliques avec une petit étoile en blason et des fusils lasers faisant pensant à des séchoirs à cheveux miniatures. Des masques en plastique Tor Johnson seront créés pour les jeunes amateurs de sensations fortes. Lobo revient dans NIGHT OF THE GHOULS, dans lequel il sera impliqué dans un imbroglio avec des fantômes et un faux clairvoyant portant un turban nommé Dr. Acula. C’est peu après que Tor ingurgite un gallon de vin rouge chez Anthony Cardoza (un support financier du film) et sombre dans l’inconscience. Six hommes ont la tâche de le lever et le charger à l’arrière d’un camion pour le reconduire chez lui! Toujours en 59, Tor donne probablement sa meilleure performance d’acteur dans un épisode de PETER GUNN à la télévision américaine. Pas de farces! En 1961, Tor Johnson est la vedette de THE BEAST OF YUCCA FLATS, production unique dans l’histoire du cinéma mondial. Tor y interprète un savant russe (!) qui est surpris par l’explosion d’une bombe atomique alors qu’il est poursuivi dans le désert par de vilains communistes qui ne savent pas tirer avec succès avec leur revolver sur une cible si imposante. Hum, est-ce là que Stan Lee a été inspiré pour créer l’Incroyable Hulk? Il deviendra un monstre meurtrier, demeurant dans une grotte et mangeant des cheveux (?). Ce film n’a aucun dialogue, juste un narrateur qui explique l’action dans une succession de phrases complètement insensées. Des femmes se font étrangler sans explication. Durée: une heure. Votre endurance sera quand même mise à l’épreuve. Et pourquoi un narrateur: parce que les techniciens ont accidentellement détruit la bande sonore! Coleman Francis est à l’origine de ce désastre, un metteur en scène encore plus mauvais que Ed Wood, assurément, responsable de THE SKYDIVERS en 1963 et RED ZONE CUBA en 1966, considéré comme le plus mauvais de tous les temps par plusieurs. Il y a quand même une touchante scène finale avec un petit lapin. À un certain moment, Tor s’est marié avec une compatriote nommée Greta et ils ont eu un fils, Karl, qui est décédé en 1993, ayant connu une carrière de policier (il aurait lui-même fournit les voitures de polices pour PLAN 9 et y tient un petit rôle! Go Karl!). Tous les membres de la famille Johnson étaient énormes physiquement et mangeaient pour trente: des poulets entiers, d’incalculables lourds rôtis et surtout, comme le veut la légende, d’immenses barils de crème glacée chacun. Imaginez le nombre de verres de Coke versés et ingurgités chaque jour dans ce foyer. En plus, Tor avait la réputation de péter tous les sièges de bol de toilettes sur lesquels il se recueillait pour exécuter son devoir naturel quotidien. Dans les années 60, Tor est maintenant plus souvent aperçu à la télévision. Parfois il était engagé pour apparaître sous les traits de Lobo dans des salles de projection locales pour foutre la trouille aux petits gars venus passer l’après-midi à voir de vieux films de monstres. Son dernier film est HEAD avec les Monkees, où il fait une apparition, embellissant une liste d’invités réunissant Frank Zappa et Jack Nicholson! Il est mort à Los Angeles le 12 mai 1971, un homme que tous considérait comme généreux et très humoristique. C’est évident qu’il n’aurait jamais joué Hamlet ou Le Malade Imaginaire, mais il réussissait quand même à donner une touche de pathétisme aux divers géants incompris qu’il a interprété. Il y a quelques années, Tor a partagé la vedette d’un “comic book” avec un autre icône immortel, la reine des pin-ups, Bettie Page, dans TOR LOVES BETTY.

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